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13 novembre 2014

Nuit- Primale

philippe breson08

photo : Philippe Bréson

Je veux tout maintenant tout de suite avec toi.

C'est une nuit devenue sans fin, qui concentre en elle tous nos fantasmes les pires partagés, nuit primale réfractée par les années et les premières lueurs de l'aube, faite de cris, de râles, d'essoufflements, animale et viscérale, elle est ancrée tout au fond de nos chairs, avec son viol parfait, résultant d'heures lentes d'attente, une soirée entière à te regarder et te dire non sans retenue, te faire mal en attendant que tu prennes les choses en main, si tu les prends, si tu me prends tu n'auras plus jamais mal - et me regarder faire, experte et téméraire, me regarder jouer avec la Bête, Belle en détresse sous ses yeux pers qui me transpercent, de part en part offerte tout en offrant la résistance nécessaire.

De temps en temps le bruit des voitures dans l'avenue, partie intégrante du scénario, une dispute lointaine ou une chanson de mec bourré, des gens qui rentrent de soirée. Derrière les persiennes fermées et tout en bas des six étages, le bruit forcément s'atténue en montant jusqu'à nous.

J'ai dormi cette nuit la première avec toi.

Encore noire d'ombre, blanchie tout au bord, l'aurore nue est apparue à l'orée de ce jour vierge à jamais, c'est là que tu me réveilles, que tu me prends, que tout bascule en notre intime violence, saccage obligé, l'arc tendu au maximum se détend soudain, la flèche part, presqu'invisible tant elle est rapide, dans l'arène les fauves sont lâchés, feulements de bêtes brutales et affamées trop longtemps. 

L'odeur entêtante des chairs aimées, mêlant tout ensemble le sang menstruel, le sperme, la sueur mâle, et qui répond à la blancheur immaculée des draps et du ciel qui enfin se découvre...

C'est le matin.

 

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Commentaires
P
Je retiens les odeurs, ce moment d'inspiration que j'aime tant savourer le matin venu.
T
De sang et de larmes...
S
ce poème est une "sanguine" bien entendu ce n'est pas Prévert simplement c'est toi Volcane
E
Une bulle suspendue dans l'espace entre ciel et terre, entre nuit et jour. Noir et blanc... Et le rouge animal d'un désir sans concession.
P
Je note le hiatus, la marge entre primaire et primale...Comme le trait d'union entre la nuit et le jour, cette aube préservée dans le temps et la psyché...<br /> <br /> Un très bel écrit Volcane.
La Hussarde
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