man blog

Longtemps ils sont restés là, cloués l'un à l'autre corps contre corps, les cheveux mêlés, leurs peaux collées par la sueur et leurs liquides séminaux, sans parole possible, suspendus dans le temps sans sa moindre notion, comme éperdus d'être, d'être enfin soi, d'être libres simplement. Seuls leurs deux souffles un peu éperdus après la terrible bataille, après la chevauchée endiablée, signes de vie dans l'inertie de cette fin de journée d'été suspendue nulle part, ou plutôt quelque part où la notion de lieu elle non plus n'a pas de sens.

Et puis, peu à peu revenant à la conscience du monde, elle a fait attention à chaque partie de lui, et lui à chaque parcelle d'elle. Ses grandes mains à la fois raffinées et carrées qui parfois sans le faire exprès la frôlaient au passage en lui remettant un dossier ou en rangeant une boîte dans l'étagère, douces et fermes, furtives toujours, enfin aujourd'hui elle en sait la forme exacte sur sa chair, comme une empreinte qui restera à jamais. Son odeur aussi, qui l'a toujours rendue folle, elle se souvient soudain ce jour où elle avait respiré très vite son écharpe posée sur le dossier d'une chaise dans son bureau, il s'était absenté une heure, elle n'avait pas pu résister, son odeur qu'elle n'arrive pas à définir, entre la feuille sèche d'automne et la terre encore humide, entre le lin propre des draps et la peau déjà un peu en sueur, entre le dressing pas assez aéré et cependant le vent qui se mêle à la pluie, une odeur qu'elle reconnaîtrait entre mille, entre des milleirs d'autres odeurs masculines, qui la fait défaillir tant elle la touche au fond de son corps.

Il respire doucement maintenant, il est apaisé. Son parfum sucré qu'il a parfois reconnu sur d'autres femmes mais qui sur toutes l'écoeurent tant leur peau le détournent de son essence, son parfum d'abord léger comme l'enfance envolée, commme l'hirondelle enfuie, comme un sillage de barbe à papa, de caramel et de vanille mêlés, s'est ouvert en un opulent et lent cantique, en une profondeur insondable, comme ses yeux qui le regardent, le détaillent, l'absorbent encore et encore...Jamais il ne pourra oublier cet instant où la légèereté se transforme en brulûre, où l'insaisissable devient plus prégnant, plus lourd, plus infini que la matière elle-même...Jamais il ne pourra oublier ses longues mains fines et délicates, comme chaque jointure de ses membres, ses chevilles, ses coudes, son cou ployé, ses genoux, tout d'elle qui est si fragile et dont il a mesuré la puissance cachée, recelée, ramassée dans ce petit corps d'oiseau. Il ose caresser un peu ses longs cheveux, perdre sa main dans ses boucles magnifiques, perdre ses yeux dans les siens comme on s'enfonce dans un paysage aimé, trop aimé, avant de le quitter.

- V...Je crois qu'on aurait pu s'aimer. Enfin...qu'on pourrait.

Elle ne dit rien. Elle sait. Elle sait aussi que c'est une grâce et que la grâce se reçoit, sans rien demander. Sans demander non plus d'avenir. 

Un état de grâce.